06 janvier 2009
Tristes bancs
Depuis que le froid s’est installé dans nos régions, depuis que nous entendons tous les jours parler des morts dans et de la rue, il me paraissait indécent d’évoquer un dernier banc design ou un clin d’œil cinématographique….
« Dimanche, un homme de 50 ans avait été découvert mort sur un banc du boulevard Ney (Paris, 18ème ardt) ». (AFP, 17 décembre 08)
Les bancs publics de nos villes sont les lits mortuaires de nos sans abris. Lorsque dans ces pages, je m’inquiète de la disparition des bancs publics, je n’ai pas le droit d’oublier ceci.
C’est pourquoi je publie ici des extraits de la lettre à Christine Boutin rédigée par le collectif « morts dans la rue ».
« Encore deux morts hier à la rue, dans la région parisienne. Cette fois, vous ne pourrez plus faire croire à des cas isolés, ni les mettre au compte du froid ou de la mauvaise volonté à se rendre dans vos refuges. Le phénomène prend trop d’ampleur médiatique. La France est malade de ses SDF. Et c’est une maladie des droits de l’Homme.
Depuis des années, nous rabâchons qu’on meurt de la rue aussi bien en été qu’en hiver (…). Le froid a joué comme révélateur, mais la poignée des morts de froid n’est que la partie visible de l’iceberg. La vérité, c’est que la France laisse depuis longtemps mourir prématurément, dans le silence, des milliers des plus vulnérables, dont les morts de la rue. Nous sentons-nous, citoyens, et particulièrement vous, Madame la Ministre, qui êtes aux commandes, responsables de la situation ? Elle devient insupportable. Quelques petites mesures ne suffiront pas à arrêter l’hécatombe programmée.
(…)
Nous appelons à une politique de la grande pauvreté qui aura un coût, mais dont la France des Droits de l’Homme est capable…Il faut savoir reconnaître que la question des SDF est complexe et demande plus que des mesures simplistes, que, malgré les progrès accomplis, après des années de négligence, la chaîne du logement est complètement bloquée, que trop d’hébergements d’urgence enfoncent les usagers dans une survie où ils s’enlisent, que, sauf exceptions, les personnes placées depuis deux ans dans des établissements dits de stabilisation ne sont toujours pas réinsérées, et que l’accompagnement n’est souvent pas satisfaisant. Il faut résolument changer de méthode et dépenser autrement beaucoup d’argent actuellement gaspillé. Bref, il faut tout remettre à plat ».
[Lire la lettre en intégralité en pdf].
Près de 340 personnes sont décédées cette année dans la rue…. Le froid interpelle … mais c’est saison après saison que le combat doit se poursuivre.
Le banc public symbolise le repos du sans-abri, on doit s’alarmer des dispositifs qui, toute l’année, tente de les évincer du regard des passants bienveillants. Pourtant, été comme hiver, la rue, la bouche de métro, la cabine téléphonique ou le banc public deviennent le lieu de leur dernier repos…
Mais c’est la pauvreté et l’exclusion qu’il faut supprimer, pas le mobilier qui les supporte.
Illustration : sans titre , par jamiegerig , certains droits réservés , sous licence creative commons.