28 octobre 2009
"Des meubles pour nos villes"
Les archives de l'INA regorgent de petites pépites, comme celles-ci....
Voici le résumé fait par l'équipe de l'institut National de l'Audiovisuel :
"Reportage consacré au mobilier urbain, depuis les lampadaires du pont
Alexandre III, les fontaines Wallace, les colonnes Maurice et les
entrées de métro de GUIMARD, jusqu'au mobilier contemporain (banc
public, parcmètre, cabine téléphonique, etc.). Des images de ce
mobilier urbain à Paris et à Londres, accompagnées de dessins de Jean
Michel FOLON sur la ville alternent avec les interviews de ce
dessinateur, de Jean François GRUNFELD, éditeur de mobilier urbain, de
Jean Claude DECAUX, PDG de Decaux, de M. LAFFORGUE, de la société Bati
service, et de M. CLAUSTRE, architecte voyer de la ville de Paris.
Jean
François GRUNFELD déplore le détournement du mobilier urbain en support
publicitaire, comme c'est le cas des abribus Decaux. Jean Claude DECAUX
se défend de n'être qu'un afficheur publicitaire ; il justifie
l'absence de bancs sous ses abribus à cause des clochards qui s'y
installaient, ce qui n'est pas à ses yeux "un spectacle très agréable"."
Effectivement, à propos des abribus puis des bancs, Grunfeld et Decaux ont des idées fortement divergentes. Quand la journaliste Françoise de Csabay demande au Pdg de Decaux si on peut s'assoir sous un abribus, il répond:
"C'est un problème de vandalisme. c'est un problème... par exemple, sur la côte d'Azur, nous avions installés des bancs parce qu'il y a beaucoup de retraités, mais le soir, il y a des clochards qui viennent... C'est un spectacle pas très agréable, comme le soir c'est très éclairé. On est un peu contre le problème des bancs".
Et oui, en 1973, J.C Decaux résumait déjà bien tout le paradoxe qu'induit (selon lui) la présence des bancs dans l'espace public : alors que certains usagers (les retraités) sont tout à fait légitimes, d'autres usagers "au spectacle pas très agréable" s'y installent, alors ... Pour lui, et de façon presque systématique, la réponse à cette situation consiste à ne pas installer de bancs publics.
Quand le problème est posé de façon réductrice et caricaturale, à quoi pouvait-on s'attendre ?
27 octobre 2009
"Touche pas à nos bancs"
Faut-il célébrer ici la naissance d'une toute nouvelle association dans le paysage toulousain? Nous souhaiterions que ce genre d'actions n'aient pas besoin d'exister, que l'énergie citoyenne puisse se dépenser ailleurs... Et pourtant vient de se constituer l'ACABAB, ou Association Contre l'Ablation des Bancs d'Arnaud Bernard, à l'initiative des habitants de ce quartier populaire du centre historique de Toulouse, suite à la décision municipale de "déboulonner" les quelques bancs de cette place; l'association réagit en faisant des appels à actions, et en mobilisant la population pour que les bancs soient maintenus.
Alors que le débat avait déjà eu lieu il y a quelques années, c'est ici que nous pouvons lire le déroulement des faits : mercredi matin (21/10 à 8h30), les agents municipaux
enlèvent trois bancs, tandis que quelques riverains protègent les
5 autres bancs en s'y asseyant. Le débat semble en tous cas houleux, entre les
défenseurs des bancs et ce qui souhaitent leur disparition.
Arnaud Bernard, un quartier sous pression?
Je ne connais malheureusement pas bien Toulouse, et faute de pouvoir m'y rendre pour constater par moi-même, je lis ce que je peux sur ce quartier. Vu d'ici, Arnaud-Bernard est en effet un quartier "populaire et dynmique", où règnent, depuis quelques temps, des tensions liées à (cochez la bonne case) l'insécurité (thème de prédilection de la Presse Quotidienne Régionale), ou à une trop forte démonstration des forces publiques dans l'espace public.... Bien sûr, la réalité est beaucoup plus compliquée !
Les bancs publics, vecteurs de criminalité ou de paix sociale?
Encore une fois, on se rend compte que ce type de mobilier urbain cristallise d'une certaine manière le débat, ou plutôt l'absence de débat et de concertation. Selon quelques sources, les bancs seraient supprimés pour « diminuer le regroupement favorable au trafic de cigarettes et de stupéfiants », ce que confirment les propos de quelques représentants municipaux ou associatifs (notamment l'association locale des commerçants et des artisans: L'ACAAB). Cependant, dans un autre article, la présidente du comité de quartier, Mireille Collet, en réaction aux difficultés qui semblent exister dans ce quartier, veut quant à elle « se réapproprier la place Arnaud-Bernard », et avance pour l'exemple le problème du manque d'ombre, qui « ne donne pas envie de
s'asseoir sur les bancs pour bavarder, quand il fait très chaud ».
L'association ACABAB a alors publié ici et là un communiqué de presse, rappelant « que ces bancs, aussi moches et inconfortables soient-ils, on
les aime bien. Parce que le principe d’un banc, c’est de s’asseoir
dessus, voire de s’y reposer. Un banc, c’est gratuit, un banc, ça
ouvre la porte à des rencontres, à des discussions, un banc, c’est
le droit de s’asseoir dans l’espace public, sans forcément
consommer, un banc, c’est un bras d’honneur à l’espace marchant.
Sur la Place Arnaud Bernard, les bancs sont un rendez-vous quotidien
pour pas mal de monde.
Pour les Chibanis, ces migrants retraités qui viennent y prendre le soleil tous les jours, pour les zonards de la Place qui y ont élu domicile, c’est pour eux devenu un véritable lien social. Est-ce qu’on leur a demandé leur avis avant de projeter de les déboulonner ? Non, bien sûr. A nous non plus d’ailleurs. Et même si on l’avait donné, les dés sont déjà jetés depuis longtemps.»
(Et l'association de lancer un Appel à rassemblement ce même mercredi à 17h, que je regrette de relayer ici trop tard...)
Pourtant, dans le cahier Espace Public publié par la municipalité de Toulouse (PS depuis 2008) , nous pouvons lire, à propos des "besoins et demandes des citoyens" : C’est bien sûr avant tout les besoins des utilisateurs qu’il faut chercher à combler lors de la création de mobilier urbain ou de l’aménagement d’une zone urbaine. Car c’est eux qui le côtoieront et l’utiliseront dans leur vie quotidienne". Plus bas, sous le titre "convivialité," ces quelques lignes sans équivoque : "Bien plus que répondre à des besoins purement fonctionnels, l’aménagement des zones urbaines tente de réaliser le souhait urgent de faire réapparaître dans les villes une vie sociale en dehors du chez soi.
En rendant à l’espace public la dignité, la qualité qu’il avait perdues, on lui attribue le rôle essentiel de lieu d’échanges, de rencontres et de loisirs. L’espace public appartient aux citoyens, qui doivent y trouver leur place. On veillera donc à créer des lieux conviviaux, uniques et originaux, au sein desquels les habitants de la ville aimeront se retrouver, pour discuter, faire des rencontres, jouer, découvrir… C’est le véritable enjeu social de l’aménagement urbain".
Alors, pourquoi ?
L'aménagement urbain, et donc le choix de l'implantation ou de la suppression des bancs publics, ne participe pas toujours de ce beau discours lissé, puisqu'ils constituent l'un des nombreux leviers propres à ce qu'on appelle la prévention situationnelle (dont j'ai déjà parlé). Ceci permettra peut être malheureusement de comprendre, ou d'interpréter, certains choix urbanistiques actuels, au détriments d'autres initiatives plus porteuses de sens, de cohésion sociale pour un développement harmonieux des territoires.
Je souhaite que l'association ACABAB ait gain de cause, ou au moins que soit initiée une vrai consultation publique, qui engagera le plus grand nombre (et j'espère que certains m'informeront de la suite des événements. J'en profite aussi pour remercier Pascal M. de m'avoir communiqué cette information).
A suivre...
[Edit du 4/11 : Suite au commentaire de Pascal M. , je vous invite à lire l'interview d'un des organisateurs du rassemblement en question sur Station-Capitole (informations indépendantes & locales) ]
[Illustration : ... en attendant vos photos, : celle-ci n'est pas sous licence creative commons!]
15 octobre 2009
Des bancs sur les murs
Je découvre à l’instant un artiste dont je voudrais
rapporter ici le travail, puisqu’il a abordé de façon originale notre thème de
prédilection…
Robin Rhode est né à Cap Town (Afrique du Sud) en
1976, il vit et travaille actuellement à Berlin. Depuis des années, il dessine à la craie ou au fusain - sur
les murs ou sur les sols de la ville - ses rêves et ses visions, tel un
porte-parole, toujours inspiré par la rue.
Pour le comparer, certains critiques s'en réfèrent à de grands noms classiques, mais je préfère plutôt citer Banksy ou Blu, pour qui j’ai une réelle affection.
Quand il n’existe ni vidéo ni même série de photos – pourtant chères à l’artiste -, ces « dessins performatifs » se révèlent alors tellement éphémères qu’il m’a été difficile d’en retrouver une trace (en particulier pour le projet Bench Slide)...
Cela me rappelle un projet que j’avais eu il y a quelques
années, et qui malheureusement demeure encore dans les cartons : peindre
ou coller des images de bancs publics dans la rue, afin d’interroger passants
et pouvoirs publics de la place, mais surtout de l’absence, de ce mobilier dans
la ville… En attendant, j’en appelle
aux artistes de rue pour s’emparer de cette question.
Pourtant, une des interventions de cet artiste s’avère autrement
plus grave. Avec Park Bench,
Rhode a dessiné un banc sur un mur blanc, puis a fait semblant de s’y
asseoir. Le lieu (la Maison de Parlement de Cap Town)ne fut pas choisi
au hasard. Faut-il rappeler que pendant l’apartheid,
la ségrégation légiférait tous les aspects de la vie publique, et même
s’il y
avait des bancs publics, ils étaient étiquetés: « Coloured » (1).
(1) :
D'après eyeteeth.blogspot.com
(2) Illustration : blog.nevernet.de
17 septembre 2009
Ouverture de ma galerie.
Après avoir créer, sur le célèbre site de photos en ligne, un groupe "Apologie des bancs publics", les nouvelles fonctionnalités de flickr m'ont permis de monter une "expo"du même nom, que je vous invite à visiter ici, où il y aura bientôt 18 superbes clichés traitant des bancs publics...
Et, en tant que "commissaire d'exposition", j'ai le plaisir de changer les œuvres de ma galerie à souhait... Je compte prochainement mettre en place des séries thématiques... D'ailleurs, si vous avez des idées de thèmes, soumettez les moi !
Pour rappel, il y a deux ans, je relevais les statistiques de ce site concernant ce mobilier que je prise.
« tag » : 2007 / 2009
« banc » : 5824 / 18 933
« banc public » : 304 / 706
« bancs » : 982 / 2107
« bancos » : 2503 / 10347
« bankje » : 879 / 2185
« banco publico » : 101 / 67 (?)
« benk » : 420 / 1 423
« bänke » :564 / 1 531
« public bench » : 2040 / 888 (?)
« bench » : 181 052 / 560 870
« benches » : 181 422 / 560 871
Et enfin, ce que je n'avais pas noté en 2007 :
"Benches" (en limitant la recherche au contenu sous licence Creative Commons) : 75 215
(Illustration : Etonnements, par Arnaud Bertrande, certains droits réservés, sous licence creative commons.)
24 juillet 2009
Sur le banc. A écouter
On vient de me signaler la création, pour l’été, d’une nouvelle émission de radio sur France Culture baptisée sur le banc, elle est animée par Chloé Juhel et Raphäl Yem.
« Ils n’ont pas l’habitude des micros. Les auditeurs ne les connaissent pas. Ils ne cherchent pas la médiatisation. De tous âges, de tous horizons, de toutes classes sociales. Ils ont des parcours atypiques, des initiatives originales.
Cet été, ils passent un moment avec nous, « sur le banc ». Pour raconter, se raconter, sans compter le portrait conté par un-e de leur proche. Quand le soleil se couche, sur le banc, on prend le temps. »
Je n’ai pas encore eu l’occasion d’en écouter une, mais le rendez vous est pris : du lundi au vendredi à 22h10, pour une bonne demi-heure sous le signe de la rencontre avec des anonymes « au parcours atypiques » . Comme l’explique Emmanuelle Skyvington dans son article (Télérama n°3106), les deux auteurs voulaient tout d’abord consacrer leur série de reportages sur le thème des cultures urbaines. Mais on leur a confié cette émission. La journaliste de Télérama de citer Raphäl Yem : « Cette émission s'inspire de notre vécu, des longues heures passées sur la place du village ou sur le banc, en bas de la tour, l'été, quand le soleil se couche, des discussions qu'on a pu avoir avec des copains ou des gens de passage. Mais le banc, c'est aussi une référence aux exclus et aux anonymes qui n'ont pas droit de cité et auxquels on ne s'intéresse pas beaucoup ».
Bref, attendons de voir (d’écouter) ce que ces échanges radiophoniques vont donner.
A noter (sélection aléatoire et arbitraire):
Le 29 juillet : rencontre avec Amara Naït Ouffalah, assistante d’éducation au collège Françoise Dolto (75020) où a été tourné « Entre les murs ».
Le 7 août : rencontre avec la créatrice de mode Sakina M’sa, qui a installé ses ateliers dans un quartier populaire parisien.
Le 13 Août : rencontre avec Nadire Dendoune, qui a escaladé l’Everest sans entraînement.
le 28 Août : rencontre avec JR, le photographe qui expose ses portraits en 4*3 sur les murs des métropoles.
Illustration : Les amoureux des bancs publics ; par kimioo , certains droits réservés, sous licence creatice commons.






