Bancs Publics

Apologie du banc public, et autres choses ...

01 février 2010

Rêveries.

Sincronia_banc

«

J’aimais la nuit. Ou plutôt le soir. Me mêler au peuple qui rentre chez lui, une baguette à la main.

La journée m’était plus difficile. Surtout à l’heure du déjeuner sur les Grands Boulevards.

Cette foule marchant autour de moi. Vite. Chacun a son but. Une bonne raison de ce côté-ci. De l’autre.

Si cet homme avance aussi rapidement en mangeant un sandwich à moitié encellophané, c’est qu’il n’a pas le temps de s’asseoir sur ce banc, qu’il a croisé et qu’il n’a pas vu.

Je reste immobile sur l’immense boulevard. Fixe sur le large trottoir bordé de grands magasins. Un type dans mon genre, sans rendez vous aucun, ne devrait pas fréquenter ces endroits. Pourquoi les mairies n’installent-elles pas des panneaux de signalisation à chaque bout de ces avenues surpeuplées. Représentant des gens en action. Avec des bouts de sandwich dans la main. Ou bien des mecs comme moi. Arrêtés et barrés d’une épaisse croix rouge. On ne devrait avoir le droit d’arpenter ces trottoirs qu’avec une intention précise. Un travail. Un rendez-vous chez son médecin. Son assureur. Avec sa femme.

Non, l’homme au sandwich n’avait pas rendez-vous avec une femme. Autrement il se serait assis.

Les bancs ne sont pas faits pour les amoureux. Mais pour le moment juste avant de rejoindre son amour. Rêver un peu de celle que l’on va retrouver.

Assis sur l’un de ces bancs, près d’un clochard qui avait peut-être un peu trop rêvé, je laissais souvent passer l’heure du déjeuner et sa foule pressée. 

»

Samuel Benchetrit ; Récit d’un branleur ; Ed. Pocket ; 2000 ; p51

Illustration : Sincronia (PS) , par My Buffo (certains droits réservés, licence creative commons)

08 janvier 2010

Contradictions.

Moronnoz_banc_CCCSignalons-le. Le grand prix de la création design de la Ville de Paris a été remis cette année pour l'invention d'un nouveau type de banc public.

En effet, c'est le jeune designer Alexandre Moronnoz qui a gagné le prix Design (catégorie confirmé) pour ses sièges CCC (Champignon Carbone Capture), qui auraient la vertu d'être à la fois confortables et dépolluants ! (n'étant pas une spécialiste en chimie, je vous invite à lire cette explication).

Moronnoz a précédemment réalisé plusieurs projets de mobilier urbain, dont le « Muscle Bench ». Celui ci a été conçu, comme le décrit son créateur : « pour la détente urbaine, l'assise suggère de s'asseoir ou de s'étendre, seul ou à plusieurs, et de caler son corps sur les reliefs de la surface ».

C'est bizarre... Pourquoi, à chaque fois que je publie quelque chose dans la rubrique [Design], certaines questions me dérangent ? Où sont donc installées toutes ces créations? Existe-t-il réellement un espace public où le mobilier inviterai vraiment à s'allonger, « seul ou à plusieurs »?

A ce propos, je reprends ici la formule géniale d'un certain Janus Milo, trouvée dans un débat captivant à propos de l'absence de ce genre de bancs créatifs dans nos espaces: « Pour nos élus le banc est un mobilier urbain qui doit resté perpendiculaire au manche à balai qu’ils….. Certainement pas « parrallèle » pour d’éventuelles siestes ou autres Brassenseries... ». (C'est d'ailleurs toujours avec un tout grand intérêt que je lis les commentaires, le plus souvent de designers, dans ce genre de pages. Les remarques et les références y foisonnent).

Enfin, pour l'instant, le site de la ville de Paris précise que les bancs CCC seront exposés tout au long de 2010 dans la galerie des Ateliers de Paris, après avoir été visibles à la cité des Sciences (jusqu'au 21 février 2010). Ces lieux sont-ils plus pollués que les boulevards parisiens?

04 janvier 2010

bonneannee2010

Je vous souhaite à toutes et à tous une très bonne année 2010, pleine de tendresse et d'amour, de bonheur et d'espoir, de luttes et de victoires.


Pour ma part, c'est avec plaisir que je vous annonce que j'ai commencé une nouvelle activité professionnelle, où nous travaillons avec tous les habitants d'un quartier en pleine mutation. Comme je l'ai écrit par ailleurs (1): "Habitants, quartier, territoire, ville, projets, cohésion, dynamiques, animation, accompagnement, échanger, rencontres, convivialité urbaine, lien social... sont quelques-uns des mots clés qui peuvent caractériser mon action dans le quartier..."
Bien que ce travail me rend moins disponible, je poursuis pourtant mes recherches et continuerai à publier  ici mes coups de gueule, et mes coups de cœur...

A très bientôt !


(1) Dans le n°34 du Rue Banc, journal de quartier au nom évocateur !!!!
Illustration : à partir de  Lovers, by hebedesign (certains droits réservés, sous licence creatives commons).

27 novembre 2009

Sinistre collection.

La publication du collectif "survival group" rassemble une importante collection de  photographies de dispositifs dits "anti-SDF", dont bien sûr, nous avions eu l'occasion de parler dans nos pages.

Les deux photographes, Arnaud Elfort et Guillaume Schaller, les ont baptisés les Anti-sites, cet ommentent chacun de leur cliché ainsi : "les anti-sites [sont des] excroissances urbaines anti-SDF [qui] se multiplient à Paris (ou ailleurs), et repoussent les démunis vers des zones encore plus inhospitalières. Cette violence ordonnée, indifférente aux souffrances d’autrui est une réponse silencieuse et paradoxale à l'ultime précarité, en n’améliorant que la qualité de vie des parisiens dérangés par la misère de france. En réalité, ces initiatives (collectives, privées, publiques), ne participent qu’à la dégradation des relations humaines, et au triomphe égoïste de l’individualisme."

Visibles aussi sur leur site Internet, ces photographies ont largement créé le débat là où ils ont été relayés, notamment sur le site rue89 et sur Bonne Nouvelle...

[NB] : Le collectif serait né en 1997, et oriente son travail autour de la question des espaces publics. Du 20 novembre au 19 décembre, la galerie Ars Longa lui consacre une exposition, avec une présentation spéciale par l'un des deux photographes, le 10 décembre à 20h.

[Edit du 4/01/10] : Un article de Crévilles relaie aussi cette information. (Crévilles est un site plutôt intéressant, mais dont le blog est malheureusement fermé aux discussions).

28 octobre 2009

"Des meubles pour nos villes"

Les archives de l'INA regorgent de petites pépites, comme celles-ci....

Voici le résumé fait par l'équipe de l'institut National de l'Audiovisuel :

"Reportage consacré au mobilier urbain, depuis les lampadaires du pont Alexandre III, les fontaines Wallace, les colonnes Maurice et les entrées de métro de GUIMARD, jusqu'au mobilier contemporain (banc public, parcmètre, cabine téléphonique, etc.). Des images de ce mobilier urbain à Paris et à Londres, accompagnées de dessins de Jean Michel FOLON sur la ville alternent avec les interviews de ce dessinateur, de Jean François GRUNFELD, éditeur de mobilier urbain, de Jean Claude DECAUX, PDG de Decaux, de M. LAFFORGUE, de la société Bati service, et de M. CLAUSTRE, architecte voyer de la ville de Paris.
Jean François GRUNFELD déplore le détournement du mobilier urbain en support publicitaire, comme c'est le cas des abribus Decaux. Jean Claude DECAUX se défend de n'être qu'un afficheur publicitaire ; il justifie l'absence de bancs sous ses abribus à cause des clochards qui s'y installaient, ce qui n'est pas à ses yeux "un spectacle très agréable
"."

Effectivement, à propos des abribus puis des bancs,  Grunfeld et Decaux ont des idées fortement divergentes. Quand la journaliste Françoise de Csabay demande au Pdg de Decaux si on peut s'assoir sous un abribus, il répond:
"C'est un problème de vandalisme. c'est un problème... par exemple, sur la côte d'Azur, nous avions installés des bancs parce qu'il y a beaucoup de retraités, mais le soir, il y a des clochards qui viennent... C'est un spectacle pas très agréable, comme le soir c'est très éclairé. On est un peu contre le problème des bancs".

Et oui, en 1973, J.C Decaux résumait déjà bien tout le paradoxe qu'induit (selon lui) la présence des bancs dans l'espace public : alors que certains usagers (les retraités) sont tout à fait légitimes, d'autres usagers "au spectacle pas très agréable" s'y installent, alors ... Pour lui, et de façon presque systématique, la réponse à cette situation consiste à ne pas installer de bancs publics.

Quand le problème est posé de façon réductrice et caricaturale, à quoi pouvait-on s'attendre ?




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